Annonce du concours

Cognard Hanshi a proposé un Concours d’écrits, destiné à recevoir vos billets d’humeur à propos de la situation actuelle, à offrir à chacun d’entre nous la possibilité de dire « je » en ces temps de confinement/ déconfinement/ (reconfinement?). Cette idée lui est venue à la réception du courriel reproduit ci-dessous en réponse à sa Lettre du 07 mai.

Confinés depuis deux mois, assaillis d’inertie et farcis de slogans creux, nous voilà tout engourdis. Tant d’experts ont parlé sous le règne de Covid 19…, n’est-il pas temps de nous dégourdir corps, esprit et langue ? Francis Ponge écrivait qu’il faut « à chaque instant se secouer de la suie des paroles ». Voici donc une occasion de « parler contre les paroles ». Exorcisme et renaissance, fête. Le printemps radieux nous montre la voie.
Alors, à votre plume ou à votre clavier, retrouvons l’inestimable goût de la parole libre !

Le jury, constitué de Guillaume Ange, Jean-François Corbet, Christian Girard, Denis Guillec, Benoît Jolly, Sylvie Lopez-Jacob et Philippe Meunier, a pour mission :

  1. de publier les textes susceptibles d’aider chacun d’entre nous à se libérer du chaos médiatique et des risques inhérents au « prêt-à-penser »
  2. de jouer le rôle de « modérateurs garants de la bonne tenue du dispositif ».

Les membres du jury ouvrent le bal. Vous pouvez lire leurs textes dans la partie publications de ce site. Les vôtres suivront, consultez régulièrement le fil des articles !

Vous pouvez déposer votre texte, dès maintenant et jusqu’au 19 juin, sur la Dropbox suivante :
https://www.dropbox.com/request/vZFoKKi2PGjhyFO8Tmcg

Tous les textes seront publiés sur ce site et un Prix du jury sera décerné.

Les seules contraintes sont de ne pas excéder deux pages et de traiter des thèmes de la Lettre initiatrice. Pour le reste, vous avez entière liberté de genre et de forme, de ton et de thèse : prose ou poésie, lettre, pamphlet, haïku, sonnet, chanson, description, fiction, colère, mélancolie, amour…, allez-y à cœur joie !

En avant, et en haut !


Cher Maître,

Je vous remercie de votre rappel à l’urgente défense du “je” face à la déferlante du “on”. La tâche a toujours été difficile, par le courage qu’elle implique, et l’est peut-être plus encore par gros temps de crise sanitaire en “démocrassie”, quand État-Papa et Société-Maman, main dans la main malgré les dissonances orchestrées, s’emploient à faire le bien de leurs ouailles. Jamais “on” n’aura autant pris soin de notre santé, donnant par là raison à Michel Foucault, qui désignait du concept de “bio-pouvoir” la gouvernementalité contemporaine étendant sa juridiction à tout ce qui touche à la vie, qu’il s’agisse de l’alimentation ou de la sexualité. Le Salut est mort, vive la Santé; nos prêtres portent blouse blanche, et Diafoirus jubile.

Pauvre “je”, contraint de parler une langue de bois! Langue en kit, dont les “éléments de langage” sont en toc mais sonnent éthique; la verroterie passe si vite pour de l’or…: “guerre”, “distanciation sociale”, “gestes barrières”, “pic” à guetter, “vague” (première, deuxième etc) à redouter…. Et peu importe les contradictions, le fameux “en même temps” de la pensée complexe jupitérienne sert d’éponge magique. Ah Sibeth!…

Oui, il lui faut résister. Roland Barthes disait que “la langue est fasciste, car le fascisme ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire” et, dans la même veine, Bernard Noël appelle “sensure” la forme dominante de la “castration mentale” dans les sociétés dites démocratiques et libérales, à savoir la prolifération des discours saturant l’esprit du citoyen-consommateur. N’est-ce pas cette occupation de nos pensées qui momifie le “je” en le déboussolant? Dépression par hypermobilisation.

“Sapere aude! Ose penser par toi-même!”, telle était la devise des Lumières selon Kant, lequel ajoutait que “si j’ai un médecin qui juge à ma place, je n’ai alors pas moi-même à fournir d’efforts; il ne m’est pas nécessaire de penser dès lors que je peux payer. Il est si facile d’être sous tutelle”. Notre gouvernement, si paternaliste, a-t-il donc besoin de se donner tant de mal pour nous infantiliser?

Mais je divague et m’arrête en vous priant de bien vouloir excuser cette réaction à votre mise en garde.

J’espère en tous cas que le printemps est beau à Bourg-Argental et que vous en profitez pleinement!

Bien à vous,

Denis Guillec